digestion (n. f.)

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Anglais

  • digestion

Etymologie

lat. digestio, digérer

Définition

Transformation des aliments en nutriments, assimilation de ces nutriments et rejet de déchets non assimilés.

Détails

Dans l'ordre agissent chez l'homme : amylase, suc gastrique, bile, suc pancréatique et suc intestinal.

" DIGESTION, s. f. (Œconom. anim.) est une fonction du nombre de celles que les scholastiques appellent naturelles, dont l’effet le plus sensible est le changement des aliments en chyle & en gros excréments ; changement opéré dans l’estomac & dans les intestins par le concours nécessaire des humeurs digestives, & le plus souvent par celui d’une boisson non alimenteuse, ou de la partie non alimenteuse d’une boisson nourrissante.
Je ne regarde le changement des aliments en chyle & en gros excréments, que comme l’effet le plus sensible de la digestion, & non pas comme l’effet unique de cette fonction selon l’opinion la plus commune ; parce qu’une observation ingénieuse & éclairée a démontré depuis peu que la digestion considérée simplement comme action organique, & sans égard à la chylification, avait une influence générale & essentielle sur toute l’économie animale, dont elle réveillait périodiquement le jeu.
La digestion considérée par rapport à son effet le plus sensible ou le plus anciennement observé, est la première coction des anciens ou leur chylosis, chylopoiesis, chylificatio.
L’histoire raisonnée de cette fonction suppose la connaissance de ses instruments ou organes immédiats, l’estomac & les intestins (Voyez Estomac & Intestins) ; celle de quelques autres qui paraissent agir sur ceux-ci (voyez Diaphragme, Muscles abdominaux, Péritoine) ; celle des humeurs digestives (voyez Salive, Bile, Suc pancréatique, ...) ; celle de la structure & du jeu des principaux organes qui séparent & fournissent ces humeurs (voyez Foie, Glandes salivaires, Pancréas) ; celle des aliments & des boissons (voyez Aliment, & Nourrissant) ; celle d’une disposition corporelle connue sous le nom de faim (voyez Faim) ; & enfin celle de deux fonctions qu’on peut appeler préparatoires. Voyez Mastication & Déglutition.
Les aliments solides (nous ne parlerons d’abord que de ceux-ci) appétés, mâchés (du moins dans la digestion la plus parfaite ; car les aliments peuvent être absolument digérés sans être appétés, & quelques-uns même sans être mâchés), humectés dans la bouche & dans l’œsophage, arrivent à l’estomac ordinairement accompagnés d’une certaine quantité de boisson ; ils sont retenus dans ce viscère, qu’ils étendent, dont ils effacent les rides, & qu’ils disposent de façon que sa grande courbure qui est inférieure, selon le langage des Anatomistes, lorsque l’estomac est vide, devient presque antérieure ; & par conséquent sa face antérieure devient supérieure & contiguë au diaphragme. La salive & l’humeur œsophagienne ne cessent d’aborder dans l’estomac, dont les différents organes excrétoires fournissent alors leurs humeurs.
A chaque inspiration l’estomac plein est abaissé, & il est repoussé vers le haut à chaque expiration ; il est agité & comprimé par cette cause. Les Physiologistes conviennent assez généralement que l’estomac comme muscle, a un mouvement propre par lequel il agit par compression sur ce qu’il contient. M. Lieutaud a observé que la rate se contractait, devenait plus petite, & pâlissait pendant que l’estomac digérait.
Des vomissements arrivés peu de temps après le repas, & les ouvertures des animaux vivants exécutées dans la vue d’examiner le changement des aliments dans leur estomac, ont appris qu’ils y étaient contenus dans l’état sain ou naturel sous la forme d’une pâte liquide grisâtre, retenant l’odeur des aliments, mais tournant ordinairement à l’aigre, & quelquefois au nidoreux. On ne distingue que fort confusément dans cette masse la matière du chyle, qui est pourtant déjà ébauchée, & que quelques auteurs anciens ont appelé chyme dans cet état.
A mesure que la pâte dont nous venons de parler est préparée, c’est-à-dire après que les aliments ont éprouvé la digestion qu’on peut appeler gastrique ou stomachale, ils passent par le pylore dans le duodénum, que des physiologistes éclairés ont regardé comme un second estomac à cause de l’importance de ses fonctions. C’est dans cet intestin que la bile, le suc pancréatique, & l’humeur séparée par des glandes nombreuses qui se rencontrent dans cet intestin, & qui sont connues sous le nom de glandes de Brunner, que tous ces sucs, dis-je, sont versés sur la pâte alimentaire, & qu’ils la pénètrent intimement. C’est après ce mélange qu’on découvre un vrai chyle parmi cette masse ; cette liqueur commence dès lors à passer dans des veines lactées qui s’ouvrent dans cet intestin.
La masse alimentaire parcourt plus lentement le duodénum que le reste du canal intestinal ; ce qui est évident par la seule inspection de la structure de cet organe. Voyez Duodénum. Cette masse continue sa route dans le jéjunum & dans l’ileum, où elle est continuellement humectée par les sucs qui se séparent dans leur cavité. C’est dans les intestins grêles que le chyle reçoit sa parfaite élaboration & qu’il passe dans les veines lactées, dont le plus grand nombre partent de la cavité de ces intestins. La matière dont nous poursuivons la route depuis l’estomac prend le caractère & la tournure que nous connaissons aux excréments, à mesure qu’elle est dépouillée du chyle & qu’elle avance vers le cœcum. Ici elle est exactement excrément, il ne lui manque plus que l’odeur, qu’elle acquiert dans le trajet qui lui reste pour parvenir au rectum : elle s’accumule dans ce dernier intestin, jusqu’à ce qu’elle y détermine enfin l’action des organes qui doivent l’expulser. Voyez le mécanisme de cette fonction au mot Matières fécales [Fèces]. Il ne faut pas négliger d’observer, à propos de cette route des excréments dans le colon, 1°. qu’il suinte continuellement un fluide abondant dans la cavité de cet intestin ; fluide qui redonne aux matières fécales la mollesse qu’elles ont perdue par la séparation du chyle & l’absorption de leur humidité : 2°. qu’il se filtre par les grosses glandes des intestins une matière mucilagineuse, qui enduit les excréments & les fait couler plus librement dans les gros boyaux, sans blesser ces organes & sans les irriter : 3°. que les gros intestins ne sont pas dépourvus de veines lactées ; ce qui est prouvé, & par l’inspection anatomique, & par la nourriture portée dans le sang par les lavements nourrissants, qui ne peuvent que rarement & difficilement passer dans les intestins grêles. Cette dernière observation mérite beaucoup de considération dans l’établissement de la théorie de la digestion.
La fonction que nous venons de décrire s’accomplit ordinairement dans l’homme sain en quatre ou cinq heures. Voilà les phénomènes de la formation du chyle & des excréments dans l’estomac & dans les intestins, ou dans ce que les Médecins ont appelé les premières voies.
Nous n’avons parlé jusqu’à présent que des aliments solides : nous observerons à propos de la digestion des aliments liquides ou très mous, tels que les bouillons, le lait, les sucs doux végétaux, les gelées, &c. 1°. que les Physiologistes semblent avoir absolument oublié les derniers, lorsqu’ils nous ont donné l’histoire & la théorie de la digestion : 2°. que cet oubli paraît avoir été une des principales sources des explications absurdes ou insuffisantes qu’ils nous ont données de cette fonction, précisément comme la théorie de la dissolution chimique n’a pas même pu être soupçonnée des Physiciens, qui ont oublié ou ignoré qu’un liquide était dissous absolument de la même façon qu’un solide... Il est peu de questions physiologiques sur lesquelles la théorie médicinale ait tant varié que sur le mécanisme de la digestion...
" (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751)

Sections

  • agropastoralisme
  • alimentation

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2019, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [14/10/2019]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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