tournesol des teinturiers (n. m.)

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Scientifique

  • Chrozophora tinctoria L.

Autres noms

  • croton des teinturiers
  • maurelle (n. f.)

Anglais

  • dyer's croton

Définition

Fam. des euphorbiacées (Euphorbiaceae). Plante tinctoriale qui donne le tournesol en drapeau, un colorant bleu-violet, utilisé depuis le Moyen Âge (enluminures).

Détails

Gallargues (Gard, entre Nîmes et Montpellier, France) en a fourni aux Hollandais au XIXe siècle pour colorer le fromage de Hollande. Plante toxique.

" Tournesol ...  mais elle se vend cher, parce que son usage est réservé pour la teinture ... En effet le tournesol en pâte & en pain a pour base le fruit de cette plante.
Celui qu’on prépare à Gallargues, village du diocèse de Nîmes, à quatre ou cinq lieues de Montpellier, est en grande estime. On s’en sert en Allemagne, en Angleterre & en Hollande pour donner une agréable couleur aux confitures, gelées & autres liqueurs. Pomet & Lemery se sont trompés en avançant que le tournesol en drapeau se faisait avec des chiffons empreints d’une teinture rouge préparée avec le suc des fruits de l’heliotropium, & un peu de liqueur acide. Mais voici en deux mots la préparation du tournesol à Gallargues.
Les paysans de ce village ramassent au commencement du mois d’Août les sommités du racinoïdes, qu’ils appellent de la mantelle, & les font moudre dans des moulins assez semblables à nos moulins à huile : quand elles ont été bien moulues, ils les mettent dans des cabats, & mettent ces cabats à une presse, pour en exprimer le suc qu’ils exposent au soleil pendant une heure ou deux. Après cela ils y trempent des chiffons qu’on étend ensuite sur une haie, jusqu’à ce qu’ils soient bien secs ; cela fait, on prend environ dix livres de chaux vive qu’on met dans une cuve de pierre ; & l’on jette par-dessus la quantité d’urine qui peut suffire pour éteindre ladite chaux : on place des bâtons dans la même cuve, à la hauteur d’un pied de liqueur, sur lesquels on étend les chiffons qu’on avait déjà fait sécher. Après qu’ils y ont resté quelque temps, c’est-à-dire, jusqu’à ce qu’ils aient été humectés par la vapeur de l’urine & de la chaux, on les tire de la cuve, on les fait sécher au soleil, & quand ils sont bien secs, on les retrempe comme auparavant dans du nouveau suc, & pour lors on les envoie en différents pays de l’Europe.
Il y a beaucoup d’apparence que les espèces de tournesol en pâte & en pain qu’on reçoit d’Hollande, se fabriquent ou avec ces mêmes chiffons qu’on leur a envoyés de Montpellier, ou se font avec d’autres drogues dont le secret nous est inconnu ; il est du moins certain que le ricinoïdes ne croît point en Hollande, & que leur tournesol en pain est précieux...

Procédé de la coloration des drapeaux ou chiffons avec lesquels les Hollandais font la pierre de tournesol. Les habitants du grand Gallargues qui ont ramassé une certaine quantité de maurelle, choisissent pour la faire broyer & en tirer le suc, un jour convenable. Ils veulent que le temps soit fort serein, l’air sec, le soleil ardent ; que le vent souffle du nord ou du nord-ouest : il n’est pas difficile d’avoir au mois d’Août, dans le bas Languedoc, des jours où toutes ces circonstances se trouvent réunies. La constitution de l’atmosphère étant telle que nous venons de le dire, on fait moudre la maurelle dans le moulin que nous avons décrit ; quand elle est bien écrasée, on la met dans un cabas de forme circulaire, fait d’une espèce de jonc, & fabriqué à Lunel, parfaitement semblable à ceux dont on se sert pour mettre les olives au pressoir. On remplit le cabas de maurelle bien écrasée, on la met ensuite au pressoir & on presse fortement ; le suc découle dans la cuve de pierre, placée immédiatement sous le pressoir : dès qu’il a cessé de couler, on retire le cabas du pressoir, & on jette le marc. On commence cette opération dans la matinée, & on continue la même manœuvre jusqu’à ce que tout le suc soit exprimé, ayant soin de changer de cabas dès qu’on s’aperçoit que celui dont on s’était servi jusque-là est percé. Quand on a tiré tout le suc,... La plupart emploient leur suc tout de suite...
Ceux qui font cette préparation achètent à Montpellier, ou dans d’autres villes voisines, de grands sacs à laine, de vieilles serpillières, ou quelque autre toile écrue... Toute toile est bonne pour cette opération, pourvu qu’elle soit de chanvre, la plus grossière, la moins serrée dans son tissu, n’est pas à rejeter ; mais il faut qu’on l’ait bien nettoyée, car tous les corps gras & huileux sont contraires au succès de cette préparation.
On divise la toile dont on se sert en plusieurs pièces ; sur cela il n’y a aucune règle, les femmes font toute la manœuvre de cette opération. Le suc exprimé est porté dans une espèce de petite cuve de bois, que nous appelons dans ce pays semàou ou comporte. La femme a devant soi un baquet de bois, pareil à ceux dont les blanchisseuses se servent pour savonner leur linge ; elle prend une, deux ou trois pièces de toile, suivant qu’elles sont plus ou moins grandes, qu’elle met dans le baquet ; elle verse ensuite sur ces morceaux de toile, un pot du suc de maurelle qu’elle a toujours à son côté ; & tout de suite, par un procédé pareil à celui des blanchisseuses qui savonnent le linge, elle froisse bien la toile avec ses mains, afin qu’elle soit partout bien imbibée de suc. Cela fait, on ôte ces chiffons, & on en remet d’autres qui sont à portée, & toujours ainsi de suite : on ne cesse de faire cette manœuvre que tout le suc exprimé n’ait été employé. Après cette opération, l’on va étendre ces drapeaux sur des haies exposées au soleil le plus ardent, pour les faire bien sécher : on ne les met jamais à terre, parce que l’air y pénétrerait moins facilement, & qu’il est essentiel que les chiffons sèchent vite...
Après que les drapeaux ont été bien séchés au soleil, on les ramasse & on en forme des tas. Les femmes ont soin un mois avant que de commencer cette préparation, de ramasser de l’urine dans leur cuve de pierre, qui, après qu’on y a mis tous les ingrédients, est appelée l’aluminadou, ce qui indique qu’on y mettait autrefois de l’alun ; quelques particuliers, en petit nombre, s’en servent encore aujourd’hui.
La quantité d’urine qu’on met dans la cuve n’est pas déterminée, on en met ordinairement une trentaine de pots, ce qui donne cinq ou six pouces d’urine dans chaque cuve. On jette ensuite dans la cuve cinq à six livres de chaux vive. Ceux qui sont dans l’usage d’employer l’alun, y en mettent alors une livre : car il faut remarquer qu’on y met toujours de la chaux, quoiqu’on emploie l’alun. On remue bien ce mélange avec un bâton ; après cela on place à la superficie de l’urine, des sarments ou des roseaux, assujettis à chaque extrémité de la cuve ; on étend sur ces roseaux les drapeaux imbibés de suc & bien séchés : on en met l’un sur l’autre ordinairement sept à huit, quelquefois plus ou moins, ce qui dépend de la grandeur de la cuve ; on couvre ensuite cette même cuve d’un drap ou d’une couverture. On laisse communément les drapeaux exposés à la vapeur de l’urine pendant vingt-quatre heures ; ... Mais pour juger avec certitude du succès de l’opération, l’on visite de temps en temps les drapeaux ; & quand on s’aperçoit qu’ils ont pris la couleur bleue, on les ôte de dessus la cuve. Il faut se souvenir que pendant que les chiffons sont exposés à la vapeur de l’urine, il faut les retourner sens-dessus-dessous, afin qu’ils présentent à la vapeur toutes leurs surfaces. On doit prendre garde que les chiffons qui sont sur les morceaux de bois exposés à la vapeur de l’urine, ne trempent point dans cette liqueur, ce serait autant de perdu, l’urine détruirait entièrement la partie colorante des drapeaux.
Comme il faut une grande quantité d’urine, & que d’ailleurs les cuves sont trop petites pour que l’on puisse colorer dans l’espace d’un mois & demi tous les drapeaux que demandent les marchands, les particuliers ont eu recours à une autre méthode, ils ont substitué le fumier à l’urine ; cependant la plus grande partie emploient l’urine, mais tous en font en même temps par l’une & par l’autre méthode. Les drapeaux que l’on colore par le moyen de l’urine, sont les plus aisés à préparer, quelque temps qu’on les laisse exposés à sa vapeur, ils ne prennent jamais d’autre couleur que la bleue, & la partie colorante n’est jamais détruite par l’alkali volatil qui s’élève de l’urine, quelque abondant qu’il soit : il n’en est pas de même quand on emploie le fumier ; cette autre méthode demande beaucoup de vigilance, comme nous l’allons voir....
Si le fumier est de la première force, on va au bout d’une heure retourner sens-dessus-dessous les chiffons ; une heure après on va encore les visiter, & s’ils ont pris une couleur bleue, on les retire de dessus le fumier ; on les met en tas & on les expose à l’air pour les faire sécher...
On doit être attentif à visiter souvent les drapeaux ; car la vapeur du fumier, si on les y laissait trop longtemps exposés, en détruirait la couleur, & tout le travail serait perdu. Le fumier qu’on emploie est celui de cheval, de mule ou de mulet...
Après que les femmes ont achevé toutes leurs préparations, qui se font chaque année, elles jettent l’urine de leur cuve qu’elles nettoient bien.
... on imbibe une seconde fois les drapeaux de ce nouveau suc, en faisant la même manœuvre qu’à la première opération, je veux dire qu’on savonne en quelque sorte les drapeaux avec ce nouveau suc, & on les fait bien sécher, comme nous avons dit. Si après cette seconde imbibition de suc les chiffons sont d’un bleu foncé tirant sur le noir, on ne leur fournit plus de nouveau suc ; alors la marchandise est dans l’état requis. Si les chiffons n’ont pas cette couleur foncée que je viens d’indiquer, on les imbibe de nouveau suc une troisième fois, quelquefois une quatrième, mais ces cas sont bien rares...
M. Nissolle dit, que la maurelle ne croît pas du côté de Lyon, ni en Auvergne : si elle croissait en Hollande, les Hollandais ne seraient pas assez dupes pour nous acheter nos drapeaux ; ils les prépareraient chez eux, & par-là ils épargneraient beaucoup...
La maurelle ne peut pas être transportée fort loin, parce qu’il faut qu’elle soit verte pour être employée, & qu’on ne peut la garder trop longtemps sans qu’elle se gâte par une trop grande fermentation, comme on peut le voir dans la théorie que j’ai donnée du procédé...
Quand les drapeaux ou chiffons, préparés comme je viens de le dire, sont bien secs, on les emballe dans de grands sacs, on les y serre & presse bien, puis on fait un second emballage dans d’autres sacs dans de la toile avec de la paille, & on en forme des balles de trois ou quatre quintaux ; des marchands-commissionnaires de Montpellier ou des environs, les achètent pour les envoyer en Hollande, en les embarquant au port de Cette [Sète]. Cette marchandise se vend 30 à 32 liv. le quintal ; elle a valu certaines années jusqu’à 50 liv. On m’a assuré qu’on fabriquait toutes les années dans ce village (qui est composé de 230 maisons, & qui a mille habitants) de ces drapeaux pour dix ou douze mille livres.
Ces drapeaux colorent le vin qui pêche par la couleur, & toutes sortes de liqueurs : on m’a assuré qu’on les employait en Hollande à cet usage, & au rapport de M. Nissolle, Simon Pauli désapprouve toutes ces pratiques. Je ne vois pas cependant que cela puisse être fort dangereux.
Les Hollandais font un grand usage des drapeaux de Gallargues pour colorer leur fromage ; ils le nomment alors fromage à croute rouge, tirant sur le violet, dont le principal commerce se fait sur les côtes de la Méditerranée, comme l’Espagne, la France & l’Italie. " (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1re éd., 1751)

Sections

  • botanique
  • pathologie
  • plante méditerranéenne
  • plante toxique

Classification française

  • euphorbiacées

Classification scientifique

  • Euphorbiaceae

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2020, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [09/04/2020]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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