quinquinas (n. m.)

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Scientifique

  • Cinchona

Autre nom

  • arbres des fièvres

Anglais

  • Cinchona

Etymologie

de la comtesse de Chinchon, vice-reine du pérou ou de Kina-kina, "écorce des écorces" en péruvien

Définition

Fam. des rubiacées (Rubiaceae). Arbres tropicaux dicotyledones dont l'écorce amère fournit la quinine, la quinidine, la cinchonine, la cinchonidine, la cinchonicine, la paricine, la quinamine et la quinicine, originaires des flancs de la cordillère des Andes en Amérique du Sud. L'écorce de quinquina est appelée poudre des indiens ou poudre des Jésuites.
Exemples :
- Cinchona calisaya, Cinchona ledgeriana, quinquina jaune, H. 15-20 m, médicinal, le plus riche en quinine,
- Cinchona officinalis, quinquina gris, écorce brune du Pérou,  H. 10-15 m, sans vertu médicinale,
- Cinchona pubescens, Cinchona succirubra, quinquina rouge,  écorce rouge du Pérou,  H. 10-20 m,  médicinal. L'extrait total est appelé totaquina.

Détails

Plantes médicinales. Ces alcaloïdes sont antipaludéens, toniques, fébrifuges appéritifs et astringents.
D'autres quinquinas ou quinas (cf quinas) sont aussi fébrifuges.

" QUINQUINA, s. m. (Botan. exot.) le quinquina est nommé par nos botanistes kinakina, cortex peruvianus, cortex febrifugus. C’est une écorce extrêmement sèche, de l’épaisseur de deux ou trois lignes, qui est extérieurement rude, brune, couverte quelquefois d’une mousse blanchâtre, & intérieurement lisse, un peu résineuse, de couleur rousse ou de rouille de fer, d’une amertume très-grande, un peu styptique, & d’une odeur aromatique qui n’est pas désagréable... Il faut choisir celui qui est rouge, ou qui tire sur le rouge, ou sur la couleur de la cannelle ; n’ayant rien de désagréable au goût, & dont l’amertume ait quelque chose d’aromatique ; d’une odeur légèrement aromatique, friable lorsqu’on le brise sous la dent. On doit rejeter celui qui est visqueux, gluant, dur comme du bois, vieux, passé, insipide, & falsifié par le mélange de quelque autre écorce trempée dans le suc d’aloès.
L’arbre fébrifuge du Pérou, appelé quinquina, china Chinæ, & ganaperide, Rai, hist. Palo de Calenturas des Espagnols, n’avait point encore été décrit exactement, avant que M. de la Condamine envoyât sa description du Pérou à l’académie des sciences, où elle fut lue en 1738.
On a reconnu par cette description, que c’est un arbre qui n’est pas fort haut, dont la souche est médiocre, & qui donne naissance à plusieurs branches. Les feuilles sont portées sur une queue d’environ demi-pouce de longueur ; elles sont lisses, entières, assez épaisses, opposées ; leur contour est uni & en forme de fer de lance, arrondi par le bas, & se terminant en pointe : elles ont dans leur mesure moyenne un pouce & demi, ou deux pouces de large, sur deux & demi à trois pouces de long : elles sont traversées dans leur longueur, d’une côte d’où partent des nervures latérales, qui se terminent en s’arrondissant parallèlement au bord de la feuille.
Chaque rameau du sommet de l’arbre finit par un ou plusieurs bouquets de fleurs, qui ressemblent avant que d’être écloses, par leur figure & leur couleur bleue-cendrée, à celles de la lavande. Le pédicule commun qui soutient un des bouquets, prend son origine aux aisselles des feuilles, & se divise en plusieurs pédicules plus petits, lesquels se terminent chacun par un calice découpé en cinq parties, & chargé d’une fleur d’une seule pièce, de la même grandeur & de la même forme à-peu-près que la fleur de la jacinthe.
C’est un tuyau long de sept à neuf lignes, évasé en rosette, taillé en cinq, & quelquefois en six quartiers ; ceux-ci sont intérieurement d’un beau rouge de carmin, vif & foncé au milieu, & plus pâle vers les bords ; leur contour se termine par un liseré blanc en dents de scie, qu’on n’aperçoit qu’en y regardant de près. Du fond du tuyau sort un pistil blanc, chargé d’une tête verte & oblongue, qui s’élève au niveau des quartiers, & est entouré de cinq étamines, qui soutiennent des sommets d’un jaune-pâle, & demeurent cachées au-dedans ; ce tuyau est par dehors d’un rouge sale, & couvert d’un duvet blanchâtre. L’embryon se change en une capsule de la figure d’une olive, qui s’ouvre de bas en haut en deux demi-coques séparées par une cloison, & doublées d’une pellicule jaunâtre, lisse & mince, d’où il s’échappe presque aussitôt des semences roussâtres, aplaties & comme feuilletées. Les panneaux en se séchant deviennent plus courts & plus larges.
L’arbre du quinquina vient de lui-même dans le Pérou, qui est une contrée de l’Amérique méridionale, surtout auprès de Loxa ou Loja, sur les montagnes qui environnent cette ville, à soixante lieues de Quito. Le niveau de Loxa au-dessus de la mer, est d’environ 80 lieues de la côte du Pérou ; l’élévation de son sol est à-peu-près moyenne entre celle des montagnes qui forment la grande Cordillère des Andes & les vallées de la côte...
Le meilleur quinquina, du moins le plus renommé, se recueille sur la montagne de Cajanuma, située à deux lieues & demie environ au sud de Loxa ; & c’est de-là qu la été tiré le premier qui fut apporté en Europe...
On distingue communément trois espèces de quinquina, quoique quelques-uns en comptent jusqu’à quatre ; le blanc, le jaune & le rouge. On prétend à Loxa que ces trois espèces ne sont différentes que par leur vertu, le blanc n’en ayant presque aucune, & le rouge l’emportant sur le jaune ; & que du reste les arbres des trois espèces ne différaient pas essentiellement... Quant au quinquina blanc, sa feuille est plus ronde, moins lisse que celle des deux autres, & même un peu rude ; sa fleur est aussi plus blanche, sa graine plus grosse, & son écorce extérieure blanchâtre. Il croît ordinairement sur le plus haut de la montagne, & on ne le trouve jamais confondu avec le jaune & rouge qui croissent à mi-côte, dans les creux & les gorges, & plus particulièrement dans les endroits couverts. Il reste à savoir, si la variété qu’on y remarque ne provient pas de la différence du terroir, & du plus grand froid auquel il est exposé.
L’arbre du quinquina ne se trouve jamais dans les plaines, il pousse droit, & se distingue de loin d’un côté à l’autre, son sommet s’élevant au-dessus des arbres voisins dont il est entouré ; car on ne trouve point d’arbres du quinquina rassemblés par touffes, mais épars & isolés entre des arbres d’autres espèces ; ils deviennent fort gros quand on leur laisse prendre leur croissance...
L’usage du quinquina était connu des Américains avant qu’il le fût des Espagnols ; & suivant la lettre manuscrite d’Antoine Bolli, marchand génois qui avait commercé sur le lieu, cité par Sébastien Badus, les naturels du pays ont longtemps caché ce spécifique aux Espagnols, ce qui est très croyable, vu l’antipathie qu’ils ont encore aujourd’hui pour leurs conquérants. Quant à leur manière d’en faire usage, on dit qu’ils faisaient infuser dans l’eau pendant un jour, l’écorce broyée, & donnaient la liqueur à boire au malade sans le marc.
Les vertus de l’écorce du quinquina, quoique parvenues à la connaissance des Espagnols de Loxa, & reconnues dans tout ce canton, furent longtemps ignorées du reste du monde, & l’efficacité de ce remède n’acquit quelque célébrité qu’en 1638, à l’occasion d’une fièvre tierce opiniâtre dont la comtesse de Chinchon, vice-reine du Pérou, ne pouvait guérir depuis plusieurs mois ; & quoique ce trait d’histoire soit assez connu, je le rappellerai cependant ici avec quelques circonstances nouvelles.
Le corrégidor de Loxa, créature du comte de Chinchon, informé de l’opiniâtreté de la fièvre de la vice-reine, envoya au vice-roi son patron, de l’écorce de quinquina, en l’assurant par écrit qu’il répondait de la guérison de la comtesse, si on lui donnait ce fébrifuge ; le corrégidor fut aussitôt appelé à Lima, pour régler la dose, & la préparation ; & après quelques expériences faites avec succès sur d’autres malades, la vice-reine prit le remède, & guérit. Aussitôt elle fit venir de Loxa une quantité de la même écorce, qu’elle distribuait à tous ceux qui en avaient besoin ; & ce remède commença à devenir fameux sous le nom de poudre de la comtesse. Enfin elle remit ce qui lui restait de quinquina aux pères Jésuites, qui continuèrent à le débiter gratis, & il prit alors le nom de poudre des Jésuites, qu’il a longtemps porté en Amérique & en Europe.
Peu de temps après, les Jésuites en envoyèrent par l’occasion du procureur général de la province du Pérou qui passait à Rome, une quantité au cardinal de Lugo de leur société, au palais duquel ils le distribuèrent d’abord, & ensuite à l’apothicairerie du collège romain, avec le même succès qu’à Lima, & sous le même nom, ou sous celui de poudre du cardinal, gratis aux pauvres, & au poids de l’argent aux autres pour payer les frais du transport, ce qui continuait encore à la fin de l’autre siècle. On ajoute que ce même procureur de la société, passant par la France pour se rendre à Rome, guérit de la fièvre, avec le quinquina, le feu roi Louis XIV, alors dauphin.
En 1640, le comte & la comtesse de Chinchon étant retournés en Espagne, leur médecin, le docteur Jean de Vega, qui les y avait suivis, & qui avait apporté une provision de quinquina, le vendait à Séville à cent écus la livre ; il continua d’avoir le même débit & la même réputation, jusqu’à ce que les arbres de quinquina non dépouillés, étant demeurés rares, quelques habitants de Loxa poussés par l’avidité du gain, & n’ayant pas de quoi fournir les quantités qu’on demandait d’Europe, mêlèrent différentes écorces dans les envois qu’ils firent aux foires de Panama ; ce qui ayant été reconnu, le quinquina de Loxa tomba dans un tel discrédit, qu’on ne voulait pas donner une demi-piastre de la livre, dont on donnait auparavant 4 & 6 piastres à Panama, & 12 à Séville.
En 1690 plusieurs milliers de cette écorce restèrent à Pivra & sur la plage de Payta, port le plus voisin de Loxa, sans que personne voulût les embarquer ; c’est ce qui a commencé la ruine de Loxa, ce lieu étant aujourd’hui aussi pauvre qu’il a été autrefois opulent dans le temps que son commerce florissait.
Entre les diverses écorces qu’on a souvent mêlées avec celles du quinquina, & qu’on y mêle encore quelquefois pour en augmenter le poids & le volume, une des principales est celle d’alizier qui a le goût plus styptique, & la couleur plus rouge en-dedans & plus blanche en dehors ; mais celle qui est le plus propre à tromper, est une écorce appelée cacharilla, d’un arbre commun dans le pays, qui n’a d’autre ressemblance avec le quinquina que par son écorce ; on le distingue cependant, & les connaisseurs ne s’y laissent pas tromper. Il y a tout lieu de croire que cette écorce de la cacharilla est celle que nous connaissons sous le nom de chacril. Depuis quelques années, pour prévenir cette fraude, on a la précaution qu’on négligeait autrefois, de visiter chaque ballot en particulier, & à Payta où s’embarque pour Panama la plus grande partie du quinquina qui passe en Europe, aucun ballot, s’il ne vient d’une main bien sûre, ne se met à bord sans être visité...
Le nom de quinquina est américain : mais l’écorce qui porte ce nom en Europe n’est connue au Pérou & à Loxa, que sous le nom de corteza ou cascara, ou plus ordinairement cascarilla, écorce de Loxa ou petite écorce ; le nom de poudre des Jésuites, non plus que celui de bois des fièvres, palo de calenturas, ne sont plus aujourd’hui en usage ; mais il y a un autre arbre fort célèbre & connu dans diverses provinces de l’Amérique méridionale, sous le nom de quina quina, & dans la province de Maynas, sur les bords de Maranon, sous le nom de tatché ; de cet arbre distille par incision une résine odorante ; les semences appellées par les Espagnols pepitas de quina quina, ont la forme de fèves ou d’amandes plates, & sont renfermées dans un espèce de feuille doublée ; elles contiennent aussi entre l’amande & l’enveloppe extérieure un peu de cette même résine qui distille de l’arbre. Leur principal usage est pour faire des fumigations, qu’on prétend salutaires & confortatives, mais qui ont été en bien plus grand crédit qu’elles ne sont aujourd’hui.
Les naturels du pays forment de la gomme résine, ou baume de cet arbre, des rouleaux ou masses qu’ils vont vendre au Potosi & à Chuquizaca, où ils servent non seulement à parfumer, mais à d’autres usages de médecine, tantôt sous la forme d’emplâtre, tantôt sous celle d’une huile composée qu’on en tire ; & enfin sans aucune préparation, en portant ces bols à la main, & les maniant sans cesse, pour aider à la transpiration & fortifier les nerfs. Les Turcs font précisément le même usage du labdanum : il reste à savoir maintenant, comment & pourquoi l’écorce de Loxa a reçu en Europe & dans le reste du monde, hors dans le lieu de son origine, le nom de quinquina.
Parmi les différentes vertus qu’on attribue à l’arbre balsamique dont nous venons de parler, & nommé de tout tems quina quina par les naturels, & depuis par les Espagnols, la plus considérable est celle de son écorce, qui passoit pour un excellent fébrifuge. Avant la découverte de l’arbre de Loxa, cet autre était en grande réputation pour guérir les fièvres tierces, & les jésuites de la Paz ou Chuquiabo, recueillaient avec grand soin son écorce, qui est extrêmement amère ; ils étaient dans l’usage de l’envoyer à Rome ou elle se distribuait sous son vrai nom de quina quina. L’écorce de Loxa ayant passé en Europe & à Rome par la même voie, le nouveau fébrifuge a été confondu avec l’ancien ; & celui de Loxa ayant prévalu, il a retenu le nom du premier, qui est aujourd’hui presque entièrement oublié ; le nom de cascarilla ou de petite écorce, donné à celui de Loxa, semble aussi avoir été imposé, pour la distinguer d’un autre, qui était sans doute celle de l’ancien fébrifuge.
Il est arrivé au quinquina ce qui arrive à presque tous les remèdes communs & de peu de valeur, dans les pays où ils naissent, & où on les trouve, pour ainsi dire, sous la main. On en fait au Pérou, généralement parlant, peu de cas & peu d’usage : on le craint & on en use peu à Lima, beaucoup moins à Quito, & presque point à Loxa. Mais en Europe, le débit en est prodigieux, par la vertu spécifique qu’il a de guérir les fièvres intermittentes ; cependant si la fièvre est le symptôme d’un autre maladie, c’est en vain & mal-à-propos que l’on donnerait l’écorce fébrifuge ; la fièvre ne cédera qu’en guérissant la maladie idiopathique dont elle tire son origine ; on connaît encore que le quinquina n’est pas un remède convenable dans les fièvres continues hétiques, inflammatoires, putrides, malignes & pestilentielles ; il ne faut donc regarder cette écorce que comme un antidote dans les seules fièvres intermittentes... (Le Chevalier de Jaucourt.)
" (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1778)

Sections

  • botanique
  • pathologie
  • pharmacie
  • plante médicinale

Classification française

  • rubiacées

Classification scientifique

  • Rubiaceae

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2019, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [20/09/2019]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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