pourpre (n. m.)

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Anglais

  • purple

Etymologie

lat. purpura, gr. porphyre, rouge et changeant rapidement

Définition

Couleur bleu-violet à base d'indigo utilisée dans l'antiquité pour teindre les toges des empereurs romains.
- pourpre rétinien, cf rhodopsine.

Détails

En Méditerranée, 4 coquillages à pourpre ont été utilisés : un pourpre (fam. des tahididés) Thais haemastoma, et 3 murex (fam. des muricidés) : Ocenebra erinacea, Phyllonotus brandaris, Phyllonotus trunculus. Pour mettre les pigments en suspension et imprégner les tissus, les coquillages étaient mis dans un bain alcalin, obtenu avec des cendres de bois ou de la chaux dans des cuves. De l'étain, réducteur était parfois ajouté.

" Pourpre, (Littéral.) les anciens ont tous connu les étoffes de laine, teintes en pourpre ; j’ai déjà dit que cette couleur était employée chez les Hébreux, dans les ornements du grand prêtre, elle entrait aussi dans plusieurs ouvrages du tabernacle. On la tirait des deux petits coquillages de mer nommés le murex & le purpura ; tous les deux sont univalves, allongés en voûte, terminés en pointe, & hérissés de piquants ; ils contiennent un petit poisson [sic], dont le suc servait à la teinture pourpre. La pêche de ces deux coquillages se faisait sur les côtes de Phénicie, d’Afrique, de Grèce, & autour de quelques îles de la Méditerranée. Les Grecs nommaient ἁλουργίδες, les habits teints dans cette pourpre marine, & cette couleur était affectée particulièrement au vêtement du roi de Perse ; les autres grands seigneurs de l’état portaient à la vérité des robes pourpres, mais d’une teinture différente.
Les Tyriens excellaient dans l’art de teindre la pourpre, soit par quelques secrets particuliers, soit qu’ils donnassent à leur pourpre plus de teint qu’aux pourpres ordinaires ; de là vient qu’on lit dans les poètes Tyrioque ardebat murice lana. Horace appelle la pourpre par excellence lana tyria ; Virgile, sarranum ostreum ; Juvenal, sarrana purpura. La beauté & la rareté de cette couleur l’avaient rendu propre aux rois de l’Asie, aux empereurs romains & aux premiers magistrats de Rome. Les dames même n’osaient l’employer dans leurs habits ; elle était réservée pour les robes prétextes de la première magistrature. De-là viennent ces expressions vestis purpurea, pour signifier une robe éclatante, & au figuré un sénateur, un consul.
Il y avait des pêcheurs pour le coquillage qu’on nommait purpurarii piscatores, des teinturiers en pourpre, tinctores purpurarii, des magasins de pourpre, officina purpuraria.
Alexandre s’étant rendu maître de Suze, trouva dans le château cinquante millions d’argent monnayé : outre une si grande quantité de meubles, & d’autres richesses, qu’on ne pouvait les nombrer, dit Plutarque ; entr’autres effets des plus précieux, on y trouva cinq mille quintaux de la riche pourpre d’Hermion, qu’on y avait rassemblée pendant plus d’un siècle, & qui conservait encore tout son lustre. On concevra quelle immense richesse c’était, quand on saura que cette pourpre se vendait jusqu’à cent écus la livre, ce qui ferait sur ce pied cent cinquante millions de notre monnaie. Ainsi les trésors immenses que plusieurs rois avaient formés pendant des siècles, passèrent dans une heure de temps entre les mains d’un seul prince étranger.
On avait extrêmement perfectionné chez les anciens les teintures en pourpre, dont on faisait diverses nuances, depuis le violet mêlé de rouge, jusqu’au rouge clair le plus brillant. Les Romains voulaient que la pourpre frappât doucement & agréablement la vue d’une manière moins vive, que ne fait le rubis, & c’est aussi le goût moderne pour l’écarlate.
La pourpre & le murex servent encore aujourd’hui en Sicile à la teinture ; on tire également cette couleur du buccin. A Panama dans le Pérou sur la mer du Sud, on tire une couleur pourpre de la coque persique que l’on appelle pourpre de Panama, & dont on teint les étoffes de coton, faites de fils de plantes. Mais toute l’Europe fait la couleur pourpre beaucoup mieux, & dans toutes sortes de nuances, avec la cochenille ou la graine d’écarlate, & un pied de pastel ; il est vraisemblable que la pourpre ancienne n’était pas plus belle que la nôtre, & qu’on n’a cessé de s’en servir, que parce que la pourpre moderne se fait à moins de frais, & est plus éclatante.
On trouve dans les mers des Indes occidentales espagnoles [en Amérique], une espèce de poisson à coquille, de la gueule duquel on tire une teinture de pourpre, qui ne cède point à celle des anciens. Les îles Antilles françaises ont aussi leur pourpre marine ; le poisson dont on la tire s’appelle burgau de teinture, il est de la grosseur du bout du doigt, & ressemble aux limaçons qu’on nomme des vignaux. Sa chair est blanche ; ses intestins sont d’un rouge très-vif, dont la couleur paraît au travers de son corps, & c’est ce qui teint l’écume qu’il jette quand il est pris ; cette écume étant reçue sur un linge, se change en un rouge de pourpre en se séchant, mais elle s’affaiblit peu-à-peu, & se dissipe entièrement à mesure qu’on lave le linge qui en a été teint...  (D. J.) " (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1778)

Section

  • zootechnie

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2020, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [10/04/2020]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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