passage (n. m.)

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Définition

On appelle espèces de passage, les oiseaux qui nichent dans les pays nordiques, migrent en passant par le pays concerné et vont passer l'hiver plus au sud dans les pays chauds.

Détails

" Oiseaux de passage, (Ornithologie.) On appelle ainsi tous les oiseaux qui à certaines saisons réglées de l’année se retirent de certains pays, & dans d’autres saisons fixes y retournent encore, en traversant de vastes contrées.
Qui peut raconter combien de transmigrations diverses se font annuellement sur notre hémisphère par différentes espèces d’oiseaux ? Combien de nations volantes vont & viennent sans cesse ? combien de nuages ailés s’élèvent au-dessus des nuages de l’air au printemps, en été, en automne, & même dans la saison des frimas ?
« Aux lieux où le Rhin perd sa source majestueuse, dans les plaines Belgiques arrachées à l’abîme furieux par une industrie étonnante & par la main invincible de la liberté, les cigognes s’attroupent pendant plusieurs jours ; elles consultent ensemble, & semblent hésiter à entreprendre leur pénible voyage à-travers le firmament liquide ; elles se déterminent enfin à partir, & se choisissent leurs conducteurs. Leurs bandes étant formées & leurs ailes vigoureuses nettoyées, la troupe s’essaie, vole en cercle, & retourne sur elle-même ; elle s’élève enfin en un vol figuré, & cette haute caravane se déployant dans la vague de l’air, se mêle avec les nuages.
» Quand l’automne répand dans nos climats ses derniers rayons qui annoncent les approches de l’hiver, les hirondelles planent dans l’air, volent en rasant les eaux, s’assemblent & se rejoignent, non pas pour aller se cacher dans des creux éboulés sous les eaux, ni pour se pendre par pelotons dans des cavernes à l’abri de la gelée, mais pour se transporter dans des climats plus chauds avec des autres oiseaux de passage, où elles gazouilleront gaiment, jusqu’à ce que le printemps les invitant à revenir, nous ramènent cette multitude à aile légère...
Mais reprenons le ton simple, qui est absolument nécessaire aux discussions de Physique, car c’en est une bien curieuse que de rechercher les causes qui obligent tant d’oiseaux à passer régulièrement en certaines saisons de l’année d’un pays froid dans un plus chaud, & ce qui est plus singulier, d’un pays chaud dans un froid. Il est vrai que c’est pour trouver & la subsistance & la température que demande leur constitution ; c’est donc par cet instinct qu’ils sont dirigés dans leurs transmigrations à se rendre aux mêmes endroits.
Les oies sauvages, soland-goose, passent la mer & viennent annuellement dans la même saison à la petite île de Bais dans le détroit d’Edimbourg en Ecosse. Les cailles passent d’Italie en Afrique, & s’arrêtent quelquefois de fatigue sur les vaisseaux qu’elles rencontrent...
La plus grande partie des oiseaux qui passent l’hiver dans nos climats, ont des becs forts, & peuvent subsister de la pâture que le hasard leur fournit dans cette saison. Les oiseaux au contraire qui nous quittent en automne, ont des becs fins, délicats, & vivent d’insectes ailés qui, disparaissant aux approches de l’hiver, obligent ces oiseaux d’en aller chercher ailleurs. Comme la nature leur a donné communément de grandes & bonnes ailes, ils attrapent leur pâture en volant & en faisant route, ce qui les met en état de continuer longtemps leur course sans se reposer...
Les oiseaux de passage qui n’ont pas la même célérité & la même constance de vol que d’autres, peuvent cependant arriver à leur commun séjour à-peu-près en même temps. Par exemple, les oiseaux à aile courte, comme la rouge-gorge, volent moins vite & moins constamment que les hirondelles ; mais d’un autre côté, ces dernières n’ont aucun besoin de se hâter, parce que chaque jour de leur voyage leur procure une continuation de vivres qui leur permet de faire de longues stations en route.
Plusieurs oiseaux de passage sont encore instruits par leur instinct à connaître les plus courts trajets, les lieux de relais, & à ne voyager que de nuit, pour éviter les oiseaux de proie ...
Il semble que les oiseaux à courte queue soient peu propres à de longs vols ; mais quoique la caille, qui est de ce genre, ne vole pas longtemps dans nos climats, il n’en faut pas conclure qu’elle ne le puisse. Belon en a vu des troupes passer & repasser la mer Méditerranée. Le même instinct qui porte les oiseaux de passage à se retirer dans des contrées éloignées, les dirige aussi à prendre le plus court chemin, & les envoie aux côtes les plus étroites, au lieu de leur faire traverser le vaste Océan.
Entre les oiseaux de passage, il y en a quelques-uns qui nous arrivent en automne, tels sont la bécasse & la bécassine, qui se retirent ensuite aux parties plus septentrionales du continent, où ils séjournent l’été, & y font des petits.
On n’entend pas trop bien les raisons de la transmigration des oiseaux qui nous quittent en hiver pour se rendre en Suède & autres lieux septentrionaux de même latitude ; s’ils trouvent nos pays trop froids, comment peuvent-ils mieux subsister dans ceux du Nord ? mais ils voyagent graduellement en prolongeant leur passage par les contrées tempérées de l’Allemagne & de la Pologne : par ce moyen ils n’arrivent que fort tard aux lieux septentrionaux où ils doivent passer leur été, & où ils font des petits. C’est donc là que ces oiseaux prennent la naissance, & leur voyage chez nous n’étant fait que pour jouir quelque temps d’un climat qui leur fournit une abondante pâture, il n’est pas étonnant qu’ils retournent chez eux lorsqu’ils y doivent retrouver les mêmes faveurs...
Outre les oiseaux de passage qui séjournent tout un hiver, ou tout un été en divers pays, il y en a d’autres qui ne se montrent annuellement que dans certains lieux particuliers au temps de la maturité de certains grains de leur goût, & que leur pays natal ne produit pas ; tels sont les grives, les becfigues, dans les pays vignobles de l’Europe ; l’aile bleue & l’oiseau-de-blé a la Caroline. Ces oiseaux semblables aux hommes, cherchent leur sensualité jusques dans les pays les plus éloignés ; & quand ils ont découvert quelque nourriture agréable, ils se joignent en essaims nombreux, & font des voyages annuels pour se régaler d’un mets étranger.
Depuis la découverte de l’Amérique, les Européens ont cultivé dans cette partie du monde diverses plantes qui y étaient inconnues, & qui pendant longtemps n’ont été ni goûtées ni recherchées par aucun oiseau de passage, mais qui aujourd’hui sont pour eux une nourriture friande. Il y a une espèce charmante de ces oiseaux qui seulement depuis peu d’années se rendent dans la Virginie au temps de la maturité du blé ; elle y revient alors annuellement en grande troupe, & les habitants les nomment par cette raison oiseaux-de-blé, wheat-birds. Philosop. transact. n°. 483. Le Chevalier de Jaucourt. " (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1778)

Section

  • zoologie

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2019, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [16/09/2019]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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