Néolithique (adj.)

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Etymologie

gr. néos, nouveau, jeune, récent

Définition

Qui concerne l'époque la plus récente de l'âge de la pierre, celui de la pierre polie, et de l'apparition de l'agriculture, entre -10 000 /- 9 000 ans (Proche-Orient) ou - 6 000 (en Europe) et l'âge du cuivre (Chalcolithique ; - 3 000 à - 2 000 en Europe).

Détails

" 3° Période néolithique (époque robenhausienne). — La période de la pierre polie commence avec les temps actuels. Or, « sous le nom de temps actuels, dit de Mortillet, on comprend tous ceux qui se sont trouvés dans des conditions de géographie physique, d'hydrographie, de climatologie, de flore et de faune à peu près semblables à celles de nos jours. » Mais nous ignorons comment s'est effectuée la transition des temps quaternaires aux temps actuels. Les différences qui existent entre ces deux périodes sont tellement profondes, qu'un temps très long a dû s'écouler entre elles ; mais il y a à cet égard une lacune presque absolue dans nos connaissances.
De froid et sec qu'il était à la fin du quaternaire, le climat était devenu tempéré et beaucoup plus uniforme. La première conséquence de l'élévation de la température avait été l'émigration des animaux des régions froides. Le Renne avait quitté nos contrées pour les pays du Nord, suivi sans doute de la plus grande partie de la population humaine. Le Chamois, le Bouquetin et la Marmotte s'étaient retirés sur le sommet des montagnes. Le Mammouth, l'Hyène, les grands Félidés avaient disparu.
Nous allons voir que l'industrie avait subi des modifications non moins profondes, ou plutôt qu'une industrie nouvelle était apparue, importée de toutes pièces par une race envahissante.
La période néolithique ne comprend qu'une seule époque, dite robenhausienne, du nom (Robenhausen) d'un petit hameau suisse du canton de Zurich.
Parmi les gisements de cette époque, nous devons citer en premier lieu les palafittes ou habitations lacustres. L'Homme avait quitté les cavernes pour descendre dans les vallées, et, s'établissant sur le bord des lacs, il avait édifié sur pilotis des habitations en bois, ne communiquant avec le rivage que par de simples passerelles, de manière à se mettre à l'abri des fauves et des populations ennemies. Les débris de ces habitations ont été découverts pour la première fois pendant l'hiver de 1853-1854, au bord du lac de Zurich. Elles sont, en effet, particulièrement abondantes en Suisse ; cependant, on en rencontre dans tous les pays voisins des Alpes. En raison de leur constitution même, les palafittes ont dû souvent être incendiées ; mais c'est grâce à ces incendies qu'on a pu quelquefois retrouver le matériel et les provisions de villages entiers, engloutis au fond de l'eau après avoir été carbonisés. — Toutes les palafittes n'appartiennent pas à l'époque de la pierre polie ; il en est beaucoup aussi de l'âge du bronze et même de l'âge du fer.
A côté des cités lacustres, il existait d'ailleurs des habitations terrestres, en nombre même beaucoup plus considérable ; mais elles ont été détruites en grande partie par le fait des travaux agricoles, et les objets qu'elles contenaient n'ont guère été conservés. D'autres gisements sont les ateliers où l'on fabriquait ces objets, les carrières d'où l'on extrayait la matière première, les abris et grottes où l'Homme se réfugiait encore, les sépultures, etc. Une mention spéciale est due à certains gisements des bords de la mer. auxquels les Danois ont donné le nom de kjôkkemnôddinger, qui signifie « débris de cuisine ». Ce sont des amas de coquilles provenant des Mollusques qui servaient à l'alimentation, amas au milieu desquels on découvre des foyers avec cendres et charbon, des os d'animaux brisés et une foule d'objets travaillés de main d'Homme. On a observé plusieurs de ces stations en France.
La population de l'Europe occidentale, à l'époque robenhausienne, possédait déjà une industrie fort complexe. — L'usage des silex taillés n'avait pas disparu ; il était même beaucoup plus répandu qu'à l'époque magdalénienne, en raison sans doute de la disparition du Renne. On a, en effet, retrouvé des objets en pierre simplement éclatée, tels que des couteaux, et d'autres en pierre retouchée : scies, grattoirs, perçoirs, pointes de flèche, pointes de lance, poignards, etc. — Les objets en pierre polie sont moins nombreux, à la vérité ; mais, comme ils n'existaient pas dans les époques antérieures, on a pu les choisir comme élément caractéristique. Ils comprennent des outils : haches, ciseaux, etc., et des armes auxquelles on donne le nom de casse-tète. Les haches consistent en des fragments de pierre dure, silex, grès, granit, porphyre, jade, serpentine, etc., d'abord taillés et retouchés, puis polis avec soin sur une dalle de grès. Leur forme est variable ; cependant, la plupart sont triangulaires, tranchantes à la base et parfois aussi au sommet ; celles de moyennes dimensions s'emmanchaient soit dans des cornes de cerf, soit dans des manches en bois. — Les instruments en os sont devenus d'un emploi de plus en plus général : ce sont des couteaux, des poinçons, des pointes de flèche, des peignes à cheveux, etc. Les cornes de Cervidés, les dents de divers Mammifères, enfin le bois de certains arbres ont été également employés pour confectionner des instruments : vases, crochets, bateaux, etc. La poterie est aussi apparue à cette époque, ce qui prouve qu'elle a été importée : on a découvert dans les sépultures de nombreux vases en terre cuite façonnés à la main et de forme variable. Enfin, nous devons citer encore les parures en coquilles, en dents, les perles et boutons en os, ambre, jais ou autres substances.
L'art, dont nous avons constaté le développement à l'époque de la Madeleine, s'était éteint avant le début des temps actuels. Or, le peuple envahisseur n'en ayant pas le moindre sentiment, l'époque robenhausienne ne nous fournit aucune œuvre d'art qui mérite d'être mentionnée.
Par contre, le respect des morts apparaît d'emblée avec un caractère très accentué, qui se traduit par l'érection de ces monuments qu'on a faussement attribués aux Celtes, et qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de monuments mégalithiques. Tels sont les menhirs, ou pierres brutes fichées en terre; les alignements, ou rangées de menhirs ; les cromlechs, ou enceintes formées par des menhirs ; les dolmens, constitués par des dalles de champ supportant des dalles horizontales servant de plafond, et primitivement enterrés dans le sol ou sous des tumulus. Les menhirs n'étaient autres, sans doute, que des monuments commémoratifs ; quant aux dolmens, c'étaient des tombeaux, contenant en général un grand nombre de squelettes. Les sépultures ne se faisaient pas exclusivement dans ces dolmens ; elles se faisaient aussi dans des grottes naturelles ou même artificielles.
Les populations néolithiques pratiquaient-elles l'anthropophagie ? C'est un point sur lequel les auteurs ne se sont pas encore mis d'accord. Mais la chose paraît assez peu probable si l'on remarque que non seulement elles pouvaient se procurer par la chasse un abondant gibier, dont le Bison, le Bœuf primitif, le Sanglier, formaient la base principale, mais qu'elles possédaient en outre des animaux domestiques. Le plus ancien de ceux-ci parait être le Chien ; c'est le seul qu'on rencontre dans les Kjôkkeumôddinger du Danemark. Viennent ensuite le Cheval, le Bœuf, la Chèvre, le Mouton et le Porc. Mais quelle est la patrie de ces divers animaux"? En quel point la domestication a-t-elle pris naissance "? Ce sont là deux questions auxquelles il est sans doute difficile de répondre, mais qu'on a eu trop souvent le tort de confondre. A notre avis, l'apparition presque simultanée des animaux domestiques dans l'Europe occidentale,coïncidant d'ailleurs avec l'introduction d'une civilisation nouvelle, démontre que le principe même de la domestication a été importé par le peuple envahisseur ; il a donc dû prendre naissance en Orient. Quant à la patrie de ces animaux, elle nous paraît être surtout européenne. Les rapports qui existent entre les Chevaux et les Bœufs des temps quaternaires, par exemple, et ceux des temps actuels, sont tellement étroits, qu'il est difficile de concevoir que les uns ne dérivent pas des autres. Que les races autochtones aient été modifiées, transformées dans une certaine mesure par des races importées, ce n'est point impossible ; mais il n'en est pas moins vrai que les premières doivent constituer la base de nos populations bovines et chevalines actuelles.
Les palafittes et autres habitations robenhausiennes nous ont aussi laissé des débris d'une foule de fruits sauvages ou cultivés : noisette, prunelle, merise, fraise, poire, pomme, mûre de ronce (servant peut-être à faire une liqueur fermentée), blé, orge, seigle, etc. Les céréales étaient certainement cultivées, et leurs grains, souvent mélangés, étaient conservés dans des sortes de greniers. On les broyait entre deux pierres plates, et on en formait une pâte qu'on faisait cuire sous forme de galettes : des fragments de ces pains sont parvenus jusqu'à nous. Il y avait aussi une plante textile, le lin (Linum angustifolium), qui servait à la fabrication d'étoffes diverses et de filets.
Les sépultures robenhausiennes nous montrent tout d'abord, sur divers points, le type autochtone, franchement dolichocéphale, que nous avons signalé dans le quaternaire, mais un peu modifié. Les squelettes de Cro-Magnon (Dordogne), ceux de la grotte sépulcrale de l'Homme mort (Lozère), appartiennent tous à ce type. — Dans la grotte sépulcrale de Furfooz, près Dinant (Belgique), on a rencontré, au contraire, une race toute différente, brachycéphale ou au moins mésaticéphale : c'est évidemment une race nouvelle, la race des envahisseurs, qui venait sans doute de l'Orient. — Enfin, dans les grottes artificielles de la vallée du Petit-Morin (Marne), on trouve des types intermédiaires, qui démontrent que les deux races se sont mêlées. " (Railliet Alcide, "Traité de zoologie médicale et agricole", 2e éd. Asselin et Houzeau, Paris, 1895, p. 1230-4)

Section

  • temps géologiques

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2022, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [23/01/2022]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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