ouïe (n. f.)

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Etymologie

lat. audire, ouir

Définition

(ang hearing) Sens permettant de percevoir les sons.

Détails

Le chat a un spectre d'audition 2 fois plus étendu que l'homme. Ses oreilles peuvent tourner pour analyser un son. Les chats aux yeux bleus sont presque toujours sourds de naissance.

" OUÏE, s. f. (Physiologie.) L’ouïe est une sensation excitée par les sons reçus dans l’oreille ; ou, si l’on aime mieux, c’est une perception du son qui se fait dans l’âme par le secours de tout l’organe nommé auditif.
La nature libérale a pris soin d’étendre notre commerce avec les autres êtres au-delà de ceux qui nous environnent, par l’ouïe, & même au-delà du monde où nous vivons, par la vue. Ce commerce se fait toujours par une matière qui affecte un organe ; mais dans l’ouïe cette matière est plus subtile, plus répandue loin de nous que dans le tact, le goût & l’odorat. ...l’objet de l’ouïe est le bruit en général ; or le bruit consiste dans un vif trémoussement de l’air communiqué jusqu’à l’organe de cette sensation, & cette communication, comme on sait, se fait de fort loin. Le bruit dans lequel les vibrations de l’air sont plus amples, plus régulières, & par-là plus agréables à l’oreille, s’appelle le son...
Le vent se sent au toucher, mais la partie de l’air qui fait le son, est trop subtile pour affecter ce sens grossier, il n’y fait pas la moindre impression. L’oreille est l’organe propre à cette sensation : son entonnoir ou son pavillon est capable de ramasser un grand nombre de rayons sonores & de les réunir : cet entonnoir est beaucoup plus grand dans certains animaux, comme dans l’âne & le lièvre ; il y a des muscles qui le redressent & l’ouvrent quand l’animal écoute, c’est pourquoi ces animaux ont l’ouïe très fine. Cet entonnoir extérieur est suivi d’un canal aboutissant à une membrane qui est comme la première porte des grottes de l’ouïe.
Cette membrane est tendue comme celle d’un tambour, & elle porte aussi ce nom : son centre s’enfonce un peu vers la première grotte qui est derrière & qu’on appelle la caisse. Dans cette grotte, il y a des ressorts qui font l’office des bascules qu’on met aux sonnettes, & qui aboutissent d’une part au centre de cette membrane, & de l’autre à l’entrée d’une seconde grotte. Ces bascules sont tirées par des muscles. Cette membrane & ses ressorts paraissent avoir dans l’ouïe le même usage que la prunelle semble avoir dans l’œil. ...; le tympan se tend, ou se relâche de même, pour transmettre à l’ouïe des vibrations plus parfaites & proportionnées à cet organe. Quand l’oreille est frappée d’un son trop violent, cette membrane, dont le centre est enfoncé vers sa grotte, est repoussée vers le dehors par la bascule qui aboutit à son centre ; par là, cette même membrane est relâchée, & ce relâchement diminue d’autant l’impétuosité du son qui pourrait blesser l’organe ; dans le même temps, & par le même mouvement, la bascule opposée à celle ci ferme l’entrée de la seconde grotte, & affaiblit encore par là l’impression de l’air dans cette seconde grotte.
Au contraire quand le son est trop faible, la première bascule ramène le tympan en-dedans, le rend plus tendu & plus susceptible d’ébranlement ; l’autre bascule ouvre la seconde grotte, & facilite l’action des ondulations de l’air intérieur.
Dans les sons moyens entre les deux extrêmes précédents, le tympan garde aussi une tension moyenne, par laquelle il est proportionné à ces sons, & comme à l’unisson des vibrations de l’air : par-là, le trémoussement de cette membrane communique le son au-dedans de cet organe d’une façon plus complète & plus juste, comme la prunelle, dans un juste degré de dilatation, transmet au fond de l’œil une image nette & précise.
La première bascule destinée à tendre & relâcher le tympan, est faite des petits os qu’on appelle marteau & enclume ; la seconde est composée de la même enclume & de l’étrier, joints ensemble par l’os orbiculaire ; c’est la base de l’étrier qui fait la porte de la seconde grotte. Peut-être que la justesse de l’oreille en Musique, dépend en partie de la justesse du mouvement des muscles de ces osselets, à mettre exactement & promptement la membrane du tambour à l’unisson des tons qu’elle reçoit. ..Cependant la membrane du tambour & les osselets ne sont pas absolument nécessaires pour entendre ; mais pour bien entendre, ou pour entendre juste, c’est autre chose.
La première caverne de l’oreille contient outre cela un air subtil, qu’elle reçoit du fond du gosier par un canal appelé la trompe d’Eustache, dont le pavillon s’ouvre vers l’endroit de la communication du nez avec la bouche : c’est par ce passage de l’air, & par le trou que Rivinus a observé au tympan, que certains fumeurs font sortir par leur oreille la fumée, en fermant exactement le nez & la bouche. Cet air intérieur, introduit par la trompe d’Eustache, soutient la membrane du tambour ; c’est lui qui étant remué par l’air extérieur, communique ses vibrations à l’organe immédiat de l’ouïe.
Cet organe immédiat est contenu dans deux autres appartements, qui ont chacun une porte dans la caisse ou première caverne ; ...L’un de ces appartements est nommé le labyrinthe, & l’autre, le limaçon.
Le labyrinthe est fait d’un vestibule d’où partent trois canaux, appelés demi-circulaires, lesquels font un peu plus d’un demi-cercle, & reviennent se rendre dans le même vestibule. Ces trois canaux portent le nom particulier de labyrinthe. On conçoit que l’air étant poussé dans le vestibule & dans les embouchures de ces canaux, les vibrations d’air qui ont enfilé chaque embouchure doivent se rencontrer au milieu de chaque canal, & là il se doit faire une collision toute propre à exciter un frémissement, ou des vibrations dans ces canaux & dans la membrane nerveuse qui les tapisse ; c’est cette impression qui produit la sensation de l’ouïe.
Comme ce labyrinthe est simple & uniforme, on peut le regarder comme l’organe général de l’ouïe, c’est-à-dire, l’organe remué indifféremment par toutes sortes de sons ou de bruits, ou, si vous voulez, c’est l’organe général du bruit.
Mais le limaçon a, ce me semble, une construction & un usage plus recherché. Sa figure est vraiment celle d’une coquille de limaçon. L’intérieur est composé de deux rampes, ou de deux espèces de canaux en spirale, & séparés l’un de l’autre par une membrane fine & nerveuse, soutenue par des avances de lames osseuses. L’artifice de cette construction est de la plus parfaite mécanique. L’office essentiel d’un organe des sens, est d’être proportionné à son objet ; &, pour l’organe de l’ouïe, c’est de pouvoir être à l’unisson avec les différentes vibrations de l’air : ces vibrations ont des différences infinies ; leur progression est susceptible de degrés infiniment petits : il faut donc que l’organe fait pour être à l’unisson de toutes ces vibrations, & pour les recevoir distinctement, soit composé de parties dont l’élasticité suive cette même progression, cette même gradation insensible, ou infiniment petite. Or la spirale est dans les mécaniques la seule machine propre à donner cette gradation insensible.
On voit clairement que la lame spirale du limaçon est toute faite pour être trémoussée par l’impulsion de l’air intérieur qui l’environne. On voit de plus qu’à la base de la spirale, la lame faisant un plus grand contour, elle a des vibrations plus longues ; elle les a très-courtes au sommet par la raison contraire. Tournez un fil d’archal en limaçon, vous verrez combien les grands contours seront mous, & combien au contraire les petits contours du sommet ou du centre seront roides. Or, depuis le commencement de la base de la spirale, où la lame est plus souple, jusqu’à l’extrémité de son sommet, où est son dernier degré de roideur, il y a une gradation insensible ou infiniment petite d’élasticité, en sorte que quelque division que l’on conçoive dans les tons, il n’y en a point qui ne rencontre dans les points de cette spirale son unisson, ou sa vibration égale ; ainsi il n’y a point de ton qui ne puisse imprimer distinctement sa vibration à cette spirale, & voilà en quoi consiste le grand artifice du limaçon. C’est pourquoi nous regardons avec la plus grande partie des physiciens le limaçon comme le sanctuaire de l’ouïe, comme l’organe particulier de l’harmonie ou des sensations les plus distinctes & les plus délicates en ce genre.
Les oiseaux, direz-vous, n’ont point de limaçon, & cependant ce sont les plus musiciens de tous les animaux. Les oiseaux ont l’ouïe très-fine, quoique sans limaçon, parce qu’ils ont la tête presque toute sonore comme un timbre ; & la raison en est qu’elle n’est pas matelassée de muscles comme la tête des autres animaux. Par-là, ils doivent être très ébranlés par les sons qu’on leur fait entendre ; leur labyrinthe très sonore suffit pour cela ; la grotte la plus simple répète bien en écho un air musical...
On voit un chien crier, on le voit pleurer, pour ainsi dire, à un air joué sur une flûte ; on le voit s’animer à la chasse au son du cors ; on voit le cheval plein de feu par le son de la trompette, malgré les matelats musculeux qui environnent en lui l’organe de l’ouïe : sans le limaçon qu’ont ces animaux, on ne leur verrait pas cette sensibilité à l’harmonie, on les verrait stupides en ce genre, comme les poissons qui manquent de limaçon aussi bien que les oiseaux, mais qui n’ont pas comme ceux-ci l’avantage d’avoir une tête assez dégagée, assez sonore, pour suppléer à ce défaut...
L’entonnoir extérieur ramasse ces vibrations ; le conduit suivant qui se charge de cet air trémoussé, se trouve coupé obliquement dans son fonds par la membrane du tambour ; cette obliquité fait que quand l’air extérieur rebondit de dessus le tympan, il va heurter contre la paroi opposée du conduit, d’où il est encore réfléchi sur le tympan auquel il communique toutes ses vibrations. Si ce conduit eût été droit, perpendiculaire au tympan, l’air extérieur aurait été réfléchi de dessus ce tympan hors du conduit de l’oreille, & ainsi il aurait eu bien moins d’effet.
De même, l’air intérieur est renfermé dans les grottes par des membranes ; les vibrations qu’il reçoit du dehors enfilent d’une part les embouchures du labyrinthe, & de l’autre celles du limaçon ; les vibrations qui enfilent les embouchures du labyrinthe vont se briser l’une contre l’autre au milieu des canaux demi circulaires, & par-là tout leur effet est comme absorbé dans ces canaux... (Le chevalier de Jaucourt.)  " (L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751-1778)

Section

  • physiologie

Pour citer cet article :
Meyer C., ed. sc., 2019, Dictionnaire des Sciences Animales. [On line]. Montpellier, France, Cirad. [16/09/2019]. <URL : http://dico-sciences-animales.cirad.fr/ >

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